Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Tristan Tzara Rencontre avec Tristan Tzara : A boire et à choisir

À BOIRE ET À CHOISIR

il y a une blanche servitude qui s’étend sur la fuite des temps

il y a tout au long de son impulsion la dette de sang qui s’imprègne

il y a un nuage un seul mais il pèse plus lourd que la terre sur

l’inconscience des ans

il y a dans l’aigreur des cris stridents de lait l’aiguille d’une voix qui monte

tropicale

il y a l’infatigable couture des arbres sur le parcours envenimé

il y a une horreur indicible sur le front de ceux qui ricanent

il y a pour le tremblement de montagne le cerf rebondi la tête hurlante

l’oiseau à fusil

il y a la feuille de mort dans l’iris de la pluie le regard de nervure et le foin

pardonné

il y a mille têtes en un chiffre et le remords à cloche-pied

il y a celui qui s’embrouille dans la pourpre de ses propos de fil

il y a la laine empoisonnant la cruche vide des crânes

il y a ceux qui dans l’eau laissent tremper leurs subtiles savonneries de

mémoire

il y a l’étonnement stupide de tous ceux qui regardent qui ne font que

regarder pendant le défilé de la vie des autres

il y a le gémissement fait bête de somme

il y a l’œil frais à la cascade

il y a que n’y a-t-il pas la jeune tendresse flûtée sur ma joue

celle de l’enfance à l’oreille perdue

sombrez dérèglements chimiques des sonneries du couchant

dans l’océan jonché d’étoiles mortes

je reste sur ma faim


nos jours se regardent

sans se connaître et ne se quittent plus

tête piétinée regard écumant des algues de la solitude

il suffit à un seul éclat de recueillir le son humain

pour que l’eau monte à la bouche

que les chevaux se dressent dans les veines

fulgurants de mille suppositions de diamant


alors la reine enrobée dans les écailles du sommeil

reine de nos peines neige pour nos mains


dresse aussi la tête sous l’injure des rues et le feu des semelles

que le vent d’hiver nous jette à la figure

au cœur des nuits vacillantes comme une seule frontière

s’est incrustée l’éternelle blessure des pays de l’enfance


qui a brûlé son sang

à la longue lampe des désirs suppliants

doublant sa douleur

a vu naître la lucidité des loups sur un espace d’oubli

et la joie conduisant la lumière

Le fruit permis

Page 1190 dans Poésies complètes- Flammarion

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