Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Tristan Tzara Rencontre avec Tristan Tzara : L'écot de feu

L’ÉCOT DE FEU

LE BÛCHERON


je parle des arbres je n’en crois que l’écorce

la hauteur scintillante devant le maître de raison

la raison déchirante des blessures prend feu à la gorge

le meurtre flotte dans l’abondance saisie des abeilles

ni boue ni soleil rien que terre de branches

et le cri vaporeux répandu dans le sang


la mort nous talonne nous la donnons aux autres

géante de vagues elle désarme l’avare


L’OISELEUR


c’est de vie qu’est bâti le lit de réveil


des gouttes de cris transpercent les mains

tends-les somnolence de corps palpitant

aux minuscules étreintes ravies de se voir


LE BATELIER


il est dit de l’herbe comme de l’or des cloches

la lumière ne s’endort ni l’instant ne survit

l’onde lasse des flûtes subtiles


dans la ronde violence des pierres assises


LE BÛCHERON


les cymbales de mille surdités enfouies


L’OISELEUR


cruauté vagissante aux yeux tendres de feuilles


LE BATELIER


où je passe la conscience perd son aveu


L’ENFANT

qui danse mange son pain vivant


les yeux dans la bouche des bonbons

qui court voit son cheval monter à reculons

l’écriture de fourmis entre les pattes

à l’école des quatre vents de loterie

il y en a chez la voisine à crinoline

fume la pipe escargot gagnant


je suis un arbre ver luisant oiseau

la rivière est dans ma tête

si le bûcheron me tue

l’oiseleur prend ma maison


le pêcheur fouette mon flanc


je connais ma vie par cœur


je mange ma faim je danse ma peur

je la brise sur l’amadou des espadrilles

Tristan Tzara -Le fruit permis

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