Association Encrier - Poésies

Quelques textes des ateliers d'écriture d'Encrier87 à Limoges Texte de Alpico : À la mémoire de Henri-Poème de Marc Alyn :C'est un mort

À la mémoire de Henri

Henri est le 7° en partant de la droite

Il a vingt ans .

Enfant , il adorait quand sa tante l’emmenait au théâtre .

Et voilà qu’il a l’occasion de participer, sur son lieu d’études , à la création d’un spectacle : une représentation de la pièce de Sophocle : Oedipe-roi , mis en scène par Jean Lagénie, Instructeur National d'Art dramatique.

Tout cela le captive : fabrication d’un décor , accessoires à imaginer , costumes à créer , répétitions , textes à apprendre .

Cela le sort de la grisaille de son adolescence et de ses études ; cela l’aide à surmonter sa timidité , à exprimer ses sentiments avec sincérité ,à découvrir ses limites aussi .

Cette expérience le motive pour aller plus loin : il suit plusieurs stages préparatoires en vue de participer à un stage national d’art dramatique qui aura lieu l’été prochain à Nérac , là où le Vert Galant a passé son enfance .

Accepté pour ce stage, il arrive à Nérac en juillet.

Le projet est passionnant : il retrouve Jean Lagénie, Instructeur National d'Art dramatique ; le but est de produire un spectacle : monter de A jusqu’à Z une pièce de CARLO GOLDONI :

L’éventail .

Il y tiendra un petit rôle , celui de__ Citronnet, le garçon de café …

Décor de Lucette Chesneau pour Oedipe-Roi , décor de Pierre Hussenot pour l'Éventail

Extrait de "Les cahiers d'un homme de bon vouloir-Souvenirs de Théâtre"-Tome2 page80, édité en 2001 par William Blake and co et Les Amis de Jean Lagénie

Sur cette photo , prise pendant le spectacle , on aperçoit Henri-Citronnet qui sert un café à Evariste et le baron ; Madame Suzanne, la mercière, est à sa porte; Brisefer plume un chapon; le comte, assis, lit; sur leur balcon, Candide et Mme Gertrude prennent le frais tandis que Tonin, leur valet, balaie sous le balcon, dérangeant Couronné l'aubergiste, qui fait ses comptes...

Quelle aventure, quels apprentissages .

La vie est là : vie en groupe , repas en commun , dortoir , rencontres variées ; il s’amuse avec les exercices d’articulation :essayez donc de dire très vite sans bafouiller « Je veux -z-et -j’exige … ;

il apprend à contrôler sa respiration , son corps .

Il sympathise avec les uns , pas avec les autres ; un participant , plus âgé s’amuse à lui demander : «Dans ta vie, seras-tu un lion ou un renard » ?

Il découvre la vie , quoi …

Le temps passe , à la fin de l’été , la pièce se joue avec succès , dans le théâtre de verdure du parc de la Garenne, à côté de la Baïse : une chance , il a fait beau .

Il rentre chez lui dynamisé, , la tête pleine de souvenirs , avec quelques photos comme celle prise pendant le spectacle par un stagiaire .

L’année suivante , nostalgie , il ne peut s’empêcher d’aller voir le spectacle réalisé à l’issue d’un stage de même nature dans la banlieue de Bordeaux à Saint Médard-en-Jalles.

Puis Henri part comme appelé faire son service militaire en Algérie .

J’apprends peu après , misère , qu’il a été tué au cours d’un contrôle dans un village du bled .

………On peut voir son nom inscrit sur un monument près du parc Victor Thuillat ……..

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Je dédie à Henri ce poème de Marc Alyn :

C’est un mort

C’est un mort très neuf

que l’on cache en terre :

vingt ans à peine

et le cœur à nu.


Les cyprès ne lui parleront

qu’en notre absence ;

c’est une rancœur de silence

que l’on plante.


Que sortira-t-il

de tant, tant de graines

semées en ce monde

pour l’absurdité ?


C’est un mort novice

fraîchement promu

aux terreuses palmes

et qui n’ose encore se faire complice

de ce trop grand calme.


Quel monstre de chair

et d’herbes mêlées

un jour jaillira

de ces faux jardins ?


C’est un mort confiant

mort de sa confiance

qui reproche.

Marc Alyn -Brûler le feu - 1958-1959

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