Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Philip Larkin Rencontre avec Philip Larkin (1922-1985): This Be The Verse- Tel soit le dit

Écoutez Philip Larkin

This Be The Verse

They fuck you up, your mum and dad.

They may not mean to, but they do.

  They fill you with the faults they had

And add some extra, just for you.


But they were fucked up in their turn

By fools in old-style hats and coats,

   Who half the time were soppy-stern

And half at one another’s throats.


Man hands on misery to man.

It deepens like a coastal shelf.

Get out as early as you can,

And don’t have any kids yourself.

PHILIP LARKIN

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TEL SOIT LE DIT

Ils te niquent, tes père et mère.

Ils le cherchent pas, mais c’est comme ça.

Ils te remplissent de leurs travers

Et rajoutent même un p’tit chouïa – rien que pour toi.


Mais ils furent niqués en leur temps

Par des fous en chapeaux claques,

Tantôt sérieux et larmoyants

Et tantôt à s’traiter d’macaques.


L’homme refile la misère à l’homme.

Ça devient très vite abyssal.

Tire-toi de là, mets la gomme,

Et n’essaie pas d’avoir des mômes.

(Traduction de Guy Le Gaufey (La vie avec un trou dedans-édition Thierry Marchaisse 2011)

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Extrait de la préface du traducteur

La présente édition se fonde sur celle des Collected Poems publiée en 1988, trois ans après la mort de Philip Larkin.

Cet ouvrage de référence rassemble les poèmes édités par l'auteur de son vivant dans cinq recueils consécutifs : The North Ship (1945) , XX poems (1951), The Less Deceived (1955), The Whitsun Weddings (1964) et High Windows (1974).

Sans tenir compte de l'ordre d'exposition choisi par Larkin lors de la confection de chaque recueil, l'éditeur des Collected Poems, Anthony Thwaite, les a tous rangés par ordre chronologique, incluant aussi bien ceux écrits par Larkin après High Windows que d'autres qu'il avait réunis en 1947, sans les publier, sous le titre In the Grip of Light. Une série de poèmes de jeunesse, écrits entre 1938 et 1945 et pour la plupart jamais publiés eux non plus, termine l'ouvrage sous le titre «Juvenilia».

J'ai suivi dans cette nouvelle traduction l'ordre adopté dans les Collected Poems. Elle comporte cinquante et un poèmes, parmi lesquels j'ai voulu inclure les plus célèbres, sans m'y sentir obligé cependant. Il arrive en effet que, de façon imprévisible, une difficulté de traduction s'avère irréductible : impossible de garder en même temps le sens, la valeur, le rythme et la rime, du moins lorsque celle-ci se révèle indispensable au rythme lui-même. Puisque Larkin mise d'abord sur «l'idée chargée d'émotion» (emotional concept) et la musicalité, j'ai délibérément privilégié ces deux aspects. Mais lorsque les signifiants se montrent hostiles et sourds et que prendre des risques ne suffit plus, il ne reste qu'à tourner la page. Ainsi ne trouvera-t-on pas dans ce recueil «The View», pourtant magnifique, mais ouvert par une équivoque qui gouverne toute la suite et que je n'ai pas réussi à rendre en français. D'autres poèmes, dont la traduction n'aurait peut-être pas été aussi rédhibitoire, offraient si peu de leurs sens et de leur musique que c'était misère.

On trouvera donc traduits une partie de ceux qui, de leur plein gré, voulaient bien s'ouvrir et livrer certaines de leurs richesses au français. Sans aucun souci d'exhaustivité, mais guidé par l'envie de faire passer d'une langue à l'autre quelques-uns des chocs éprouvés dès première lecture, qui appellent d'eux-mêmes à donner suite, en dépit de toutes les difficultés à venir.

Larkin présente en effet à la traduction des aspérités singulières de par le mariage presque constant chez lui d'une érudition culturelle et terminologique exceptionnelle alliée à une prédilection pour les expressions les plus usuelles, voire les plus crues, de la vie quotidienne. De ce seul fait, bien des dimensions de sa poésie ne passent pas la Manche, et font de lui un auteur tellement British que sa célébrité en langue anglaise n'a à ce jour guère affecté la parfaite ignorance dont il est l'objet dans l'Hexagone. LarkinCollected Poems.jpeg

Commentaires 4

  • Yvains

    Ma version (faite avant de regarder celle de M Le Gaufey):

    Ici les Vers

    Ils te bousillent, ta maman,
    Ton papa – même si c'est pas
    Intentionné – en te gavant
    De leurs maux sots, de leurs faut-pas,
    Et bien sûr, en y ajoutant
    D'autres, uniquement pour toi.

    Mais loin avant, les bousillèrent
    Des sots, vêtus façon désuète;
    C'étaient parfois des poings de fer,
    Parfois des fadasses, des bêtes –
    Et parfois des époux en guerre
    Sans trêve, victoire, ou défaite.

    Transmise, ainsi, à l'infini,
    En maudit patrimoine oral,
    La misère s'approfondit
    Comme le gouffre au littoral;
    Sauv'-toi, donc, si tu peux – et puis
    Fais pas d'enfants, c'est la morale.

    Yvains

  • encrier

    Merci pour votre visite et pour votre traduction qui m'a bien intéressé;

    Pourquoi ne tenteriez vous pasune traduction avec d'autres poèmes de Philip Larkin figurant sur le site ?

    encrier

  • Yvains

    Bonjour, encrier, et merci d'avoir publié mon commentaire.

    L'inconvénient, c'est que je travaille très lentement - par exemple, il m'a fallu quatre ans pour bien polir les traductions (plutôt des tradaptations en fait) que j'ai faites de deux contes de fées modernisés de Roald Dahl, 'Blanche-Neige et les Sept Nains' et 'Le Lièvre et la Tortue'. En général, il y a d'autres poètes que je préfère à Larkin - j'avais essayé cette traduction surtout comme défi personnel, étant anglais - et aussi pour taquiner mon fils, qui déteste Larkin. :) Mais je vous remercie beaucoup pour l'encouragement! :)

    Yvains

  • Yvains

    Au lieu de plus de traductions Larkin, je vous offre ma traduction d'une très célèbre villanelle, 'Do not go gentle into that good night', de Dylan Thomas (1914-1953):

    N'entre pas doucement dans cette bonne nuit:
    L'âge doit s'embraser, râler en fin de jour;
    Rage, rage, lorsque la lumière s'enfuit.

    Les savants, à leur fin sachant que tout s'ensuit,
    Leurs mots n'ayant pas fait d'éclair, quand vient leur tour
    N'entrent pas doucement dans cette bonne nuit.

    Enfin tombée la houle, les braves qui crient
    Que leurs actes n'ont pas su rayonner autour,
    Ragent, ragent, lorsque la lumière s'enfuit.

    Les sauvages, qui célébraient le soleil pris
    En plein vol – voyant, tard, qu'ils pleurent son retour,
    N'entrent pas doucement dans cette bonne nuit.

    Les sérieux, à la fin apprenant, éblouis,
    Que les yeux, même aveugles, reluisent d'amour –
    Ragent, ragent, lorsque la lumière s'enfuit.

    Maintenant, du puy morne, mon père, maudis-,
    Bénis-moi de tes cuisantes larmes toujours.
    N'entre pas doucement dans cette bonne nuit.
    Rage, rage, lorsque la lumière s'enfuit.

    Yvains

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