Encrier 87

Textes de Daniel :1)SÄN ÔS complet , 2)LÉGENDE DE SAINT TRAZIBUL Daniel :Histoire complète de Sän Ôs de Daniel(regroupement des épisodes)

Préambule hors lipogramme...

"Je ne crois pas aux histoires de vampires...Mais je crois à ce qui les a inspirées."

L'histoire qui va suivre se déroule en 1969 sous la férule de Ceausescu  qui régna sur la Dacie/România pendant 24 années...grâce à la sinistre Sécuritate. Il avait, encore, deux décennies pour être le 'Conducâtor', le 'Génie des Carpates' ou 'le Danube de la pensée' !

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  Leur véhicule, une vieille Trabant type P70 de 1955 restait inerte malgré leurs tentatives multiples de redémarrage.

La batterie d'accus vidée elles durent admettre l'évidence : elles étaient, en Janvier, perdues dans cette partie de la Transylvanie qu'elles traversaient dans leur imprudente escapade hivernale...Leur univers allait basculer dans quelques heures...

Qui étaient ces deux jeunes filles ? Leurs papiers, dans la Trabant, indiqueraient, plus tard, que la brune latine était Eléna, la slave aux cheveux clairs c'était Irina. Agées de 22 et 23 ans, étudiantes, elles partirent de "Bucuresti" avec l'idée de franchir les "Südkarpaten" en suivant la rivière Argès depuis la capitale, ensuite prendre par le défilé de l'Âlt vers Sibiu leur but ultime.

Vers 20h, dans la nuit, elles firent l'erreur définitive, gênées par la brume épaisse, en s'engageant sur ce chemin mal signalé et que la neige empéchait de différencier de leur vrai chemin.

Elles s'égarèrent puis se perdirent en s'enlisant dans la neige épaisse.

Serrées à l'arrière de la Trabant, se réchauffant l'une l'autre, elles fermèrent les yeux quelques heures; réveillées par la pressante énurésie amplifiée par l'absence de chauffage dans leur véhicule inutilisable, elles s'aventurèrent entre les arbres agités par un vent qui, chassant les nuages, laissait la lune éclairer le blanc paysage d'une lugubre lumière sépulcrale...


Dans une petite clairière, seul espace dégagé, elles purent s'arrêter... Levant leurs regards vers le ciel agité, à cet instant précis, ce qu'elles virent les frappa autant de surprise que d'incrédulité ! Paralysées par la terreur, elles virent la bête affreuse qui les regardait ! Du haut de la butte enneigée et pentue, ses jambes arquées aux pattes griffues aggrippées dans la terre éventrée qui venait de la libérer de l'univers luciférien, la bête  les fixait...

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"SänzÔs", incube du quatrième  cercle, venait de jaillir sur terre !

Sur les directives du Maître, il devait tuer des humains. Sa nature  l'entrainait  à les étriper, les éventrer, aspirer et avaler leurs sangs. Et aussi les démembrer, les dévorer et les enlever afin de les ramener dans les feux de l'En-Bas, et qu'ils y brûlent dans l'éternité des flammes infernales ! Le cauchemar des jeunes filles s'anima, descendit lentement de sa butte, marchant vers elles. De sa face au teint de nuit pendait, d'une gueule ensanglantée à demi béante, une langue écarlate et gluante. La nuit d'hiver amplifiait l'éclat rubis de ses yeux aux pupilles étincelantes qui les fixaient avidemment !

Elles virent qu'il exhibait luxurieusement un évident désir mâle, très humain, plus qu'humain !

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Leurs deux jeunes expériences réunies ne leur permettaient pas de saisir la nature exacte de cet être velu issu de l'enfer; musculeux, le crâne armé de défenses annelées et affûtées. Sa caudale reptilienne cinglait chaque pas qu'il faisait vers elles. Une démarche de prédateur affamé avec sa mandibule claquante qui réclamait le magma des chairs féminines, palpitantes... Elles reculèrent précipitamment vers le hallier, tentant, ainsi, d'échapper à la bête satanique. S'aidant des mains et de leurs pieds, elles tentèrent de se hisser dans les branches basses d'un vieux chêne dégarni.

Elles pensaient ainsi se sauver, en se mettant à l'abri du tueur que Belzébuth venait d'envoyer sur Terre...

Mi-animal, mi-humain, l'être mutant les suivit. Il exhalait une épaisse haleine putride qui les atteignit et les submergea...Eructant sa haine et sa faim de ces deux femelles à sa merci, il tendait ses puissants membres supérieurs aux extrémités armées de griffes rétractiles brunies par des sangs anciens, sèchés, brunis, écailleux... Elles hurlèrent et leurs cris, des râles se perdirent dans l'air glaçé, une peur paralysante les figea mais tragiquement, en elles, se mélant à la terreur, il y avait envie et désir inexprimables ! Sans réaliser que cet être, à la hideur effrayante, leur exhibait sa bestiale animalité, avide, brutale, si explicitement étalée...qui le rendait fascinant . . .

Fatale alchimie faite de répugnance mèlée à l'attirance d'une finalité duale, qui, dans cette lutte devenait irréfragable à chaque instant . . .

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...Elles surent leur fin inéluctable avant même que l'incube ne se saissise de l'une d'elles. En acceptant, d'avance, le sacrifice lascif la première savait qu'elle allait, d'autant, retarder l'issue fatale de l'autre, de l'amie... L'étreinte puissante laissa la jeune femme hagarde. Livrée définitivement au désir du diable velu elle s'asphyxia dans ses remugles sauvages . . .

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  Seule la Trabant fatiguée, perdue dans ce neigeux et infernal hiver, attesterait plus tard, par sa présence bizarre, du passage de ces deux jeunes vies égarées. Enlevées par l'exécuteur 'SänzÖs' venu de l'Erébus.

Jamais les recherches ne livrèrent d'indices...Les militaires en exercice dans ce paysage ne remarquèrent rien de bizarre et d'inhabituel...Les empreintes diverses avaient disparues, dissimulées par les chutes de neige . Une neige qui cachait les éléments d'un drame survenu ici; seule la tranchée en haut d'un talus aurait pu laisse imaginer qu'il y avait là, peut-être, l'entrée d'un univers inhumain, inaccessible, inexpugnable. Mais les mercenaires casqués et leurs chefs manquaient de cet esprit imaginatif si nécessaire. Ils passèrent leur chemin, reprirent leur marche, indifférents, pressés d'arriver à leur campement  afin de servir leur  "Géniul din Karpaten" . . . La Trabant  fut tractée par le véhicule du capitaine. Elle atteignit le village à l'abri, disaient les gens, des influences sataniques...Mais ce calme n'était-il qu'apparent ? Qui aurait pu en juger ? Qui savait ? Quel ancien parlerait ?     Grâce aux renseignements de l'armée transmis aux gendarmeries des lieux de résidence des familles, celles-ci vinrent  des semaines plus tard, espérant qu'Héléna et Irina reviennent enfin... Rien ne rappelait le passage de leurs filles, plus une trace, pas un seul détail visible dans ce paysage reverdi par un printemps tardif dans ces altitudes perdues. Pères et mères attendaient depuis assez de temps, elles perdirent le peu de patience qui leur restait...

Héléna et Irina avaient disparues dans un néant sans début ni fin, un espace sans limites discernables.

En repartant les parents en pleurs s'arrêtèrent au village de la vallée. A l'auberge ce fut un mutisme effrayé, seul un prêtre barbu, de rite melkite, sale,  à barbe et chevelure hirsutes, sembla décidé à leur parler des légendes que les habitants répétaient, ici, depuis des siècles;  transmises, à bas bruit, de père en fils et, de mère en filles...

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Ces légendes véhiculaient des peurs ancestrales que les nuits sans lune ravivaient. Pas de preuves, seulement des esquisses, et de fausses résurgences...Mais qui disaient que dans les nuits attendues par l'Enfer éternel, apparaissaient, aux heures lugubres, les appétits infernaux libérés par Lucifer...

Les termes utilisés par le religieux de ce village des Karpates inquiétèrent tant les parents des étudiantes (ils étaient des citadins incultes, sans références...) qu'ils repartirent terrifiés, quittant ces lieux ténébreux, maléfiques... Ils serraient dans leurs mains, des crucifix et des chapelets inutiles vendus par le célébrant grotesque...

Ces gris-gris devaient leur permettre de fuir, au plus vite, la vallée encaissée par des falaises granitiques suintant les âmes des défunts, enfermant des vies en sursis... Serrés dans leurs véhicules vétustes, étreints par le tragique malheur familial, impuissants devant l'entrée de cette église faite de pierres mal équarries,grisâtres et sinistres, un lieu tenu par un prêtre bavard, au regard fiévreux de fanatique illuminé et au verbe cynique et agressif...Un survivant d'un passé fait de mystères épais, d'inexplicables massacres restés secrets depuis des siècles, depuis le temps de Vlad Drakul l'empaleur ! Les paysans du village, illetrés, asservis mentalement, que les anciennes terreurs rentrées avaient rendus mutiques, les regardèrent s'enfuir l'esprit vide, sans pensées aucunes . . .

                                         Fin

Commentaires 1

  • frédérique

    Un souffle constant de verve, liant l'éclosion des bourgeons aux réels liens.

    frédérique

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