Encrier 87

Textes de Daniel :1)SÄN ÔS complet , 2)LÉGENDE DE SAINT TRAZIBUL Légende de Saint Trazibul par Daniel (regroupement des épisodes)

_La légende de Saint-Trazibul.__




Qui de nous, tous ici réunis, a jamais entendu parler de Saint-Trazibul ? Sans doute personne...

Pour être un peu plus précis je préciserai qu'il s'agit, à l'origine, de Santo-Trazibulo.

Cette identité est attestée par les archives du Saint-Siège, celles qui ne sont consultables,

que par les seuls initiés qui auraient accès aux caves du Vatican...




Lexique pour aider à la compréhension du texte qui va suivre:

Ätna : l'Etna, un des trois volcans de la Sicile (avec Stromboli et Vulcano)

bullo : forme italianisée venue du bas latin signifiant. : "bouillir, en ébullition."

trass : tuf d'origine volcanique. En 1786 Buffon signale ce mot venant du bas-batave:

"on trouve la silice dans le trass et la pouzzolane".

santo-trass-ibulo : littéralement 'saint-tuf-bouillant' rappelant l'origine volcanique.

ibex : synonyme de bouquetin (agile comme un..., avoir le pied sûr du...)

Matthiolus le cite dans son : Epistolarum Médicinalium Libre Quinque en 1561.

Héphaïstos : chez les Grecs le dieu des enfers, à Rome : Vulcain.

cintre : du latin cinctuare (ceindre, en forme de ceinture, en couture :cintrer une veste,

monter une robe cintrée...)par extension objet (tige ou barre) courbé modérément.

schibboleth : signe de reconnaissance entre affidés, usage particulier dans un groupe

social pré-déterminé où l'on fait usage de gestes ésotériques convenus .

cintra-fibula : agrafe ou aiguille de forme cintrée, fibule : du latin fibula : agrafe pour

tenir les vêtements. (par dévoiement de l'usage : l'infibulation...)

Almoravides : dynastie arabe, du début XIième à 1147. Successeurs les : Almohades.

Catania, Syrakusa, Ragusa, Licata, Agrigente, Marsala, Traponi, Palermo :

villes par lesquelles passa Trazibulo dans son errance solitaire.

Massilia, la Phocée des Grecs : Marseille (la cité phocéenne...)

                                                                     §



"Il y a, au pied de l'Ätna (haut-lieu de la mythologie) en Sicile, un minuscule village,

,simple hameau, nommé "Santo-Trasbulo", contraction probable de 'SantoTrasIbulo'

qui serait une déformation usuelle de "Santo-Trass-Bullo".

Sous l'Etna ont été situées, depuis fort longtemps, les Forges d'Héphaïstos...




L'Etna rejette, dans ses laves, du trass en fusion. Refroidi il devient un matériau

fort pratique pour toutes constructions.Facile à débiter par sciage,léger il facilite

et allège le travail manuel.

Par ailleurs, et selon certains auteurs médiévaux, dont Onésime-le-Vieux, circulait,

encore, vers le XIième siècle, une expression du bas-latin : "cintra-fibula"*

De nos jours la fibule est un bijou employé par les élégantes, mais aussi, hélas,

dans une horrible pratique, l'infibulation, consistant à coudre la vulve des épouses

pour satisfaire au plaisir des 'seigneurs et maîtres'...Souvent après l'excision...




Au fil des siècles la légende de ce moine solitaire (miraculeux ?) fut transmise.

Son nom ? Oublié...Reste seul ce Santo-Tras-Ibulo, nom plusieurs fois donné

à ce village plusieurs fois submergé par les laves de l'Etna, détruit et rebâti

qui sait combien de fois ?

De nos jours seules quelques masures, un puits sec, et une chapelle exigüe sont

observables dans un délabrement de fondations éventrées et de ruines résiduelles.

Sur le seuil, gravé malhabilement, on peut deviner : santotrazibulo- Saint-Trazibul.

Voilà un saint qui ne fut jamais connu pour sa grande piété, ni son ascétisme,

ni pour un don miraculeux au service des disetteux. Il ne guérissait pas les

écrouelles comme les grands-rois, il ne délivrait pas du "haut-mal" et laissait

les femmes gestantes seules avec le noble travail de la gésine.

En édifiant cette modeste grotte de la foi, les fidèles locaux voulurent, ainsi,

voir perdurer son esprit contourné, torve et vaunéant...Dernière qualité que

partagent certains natifs de 'Sicilia' actuelle.En ce sens le saint,primo-novateur

de l'onorata-socièta, leur a légué la sanglante omerta...Oublier Palerme ? Jamais !

Et que parlent les luparas !




(reportez-vous au lexique du billet "début de la légende de St Trazibul" pour les mots avec l'astérisque *)

  En 1130, pendant la domination des Almoravides régnant sur le Maghreb, Séphardi et Sicilia, une éruption du volcan proche laissa un survivant à Santotrazibulo. En s'enfuyant il n'emporta, comme viatique, qu'une écuelle, un bâton de marche, un crucifix (qui contribuera à sa renommée...) et, pieds-nus , mendiant partout il erra dans cette Sicilia montagneuse et brûlée par un soleil violent. Sa courte toge pré-chrétienne, sale, trouée, faite  de laine d'ibex* et retenue par une cintra-fibula*, était son seul vêtement.

De Catania* à Syrakusa*, de Ragusa* à Licata*, d'Agrigente* à Marsala, puis à Traponi* il aboutit à Palerme*, port d'où partaient caraques, felouques, naves et nefs, galéasses toutes chargées d'amphores remplies de Vin de Marsala dont les raisins chauffent en plein soleil durant deux jours ce qui lui donne cette chaleur ample au goût... Partout donc il mendiait avec hardiesse sinon impertinence. Il psalmodiait sans cesse un crescendo modulé : "Trazibulo ! TrazÎbulÔ ! TrazÎbÛlÔ " entendu de tous.


  Les Palermitains de l'époque,  rustres et frustes, descendants  du passage  bref des Etrusques, attachaient leurs frusques avec toutes lanières grossières. Voyant Trazibulo depuis des mois sur le port, sébile tendue, certains remarquèrent sa fibule, son seul bien précieux, et l'adoptèrent tout simplement. Voyant que son accessoire, venu d'une matrone de son village disparu, plaisait, le malin en fabriqua plusieurs modèles cintrés qu'il vendit de rues en ruelles et de tavernes en bouges. Il ne mendiait plus, il commerçait, modestement mais suffisamment pour vivre. L'objet plaisait car, pratique, vite posé et encore plus rapidement ôté... Avantage dont les dames, n'est-ce pas, virent l'usage agréable immédiat... Un jour un armateur fortuné offrit, imprudemment, le bijou à sa favorite qui en fit fabriquer une grosse par des artisans qu'elle pratiquait déjà... Elle convainquit l'armateur de faire parvenir à son homme de confiance à Massilia* les deux douzaines de fibules en bronze martelé. Au retour de la caraque chargée de poteries celtes, il apprit le succès de son essai commercial et organisa les artisans, forgerons et bas-orfèvres d'en faire autant qu'il était possible. Le trafic établi avec les Grecs de Massilia , ceux-ci ayant reconnu l'objet antique, du nom de trazibule, l'adoptèrent et le vendirent aux Romains. A ce moment la trazibule fut schibboleth* dans les milieux et endroits où se réunissaient les affidés complices et pratiquants de cérémonies secrètes. Une sorte de signe de reconnaissance en quelque sorte, moins révélateur que la croix ou un tatouage indiscret...

Un jour Trazibulo disparut. Lui si visible sur le port, si connu, ne fut plus là...Enfui ? Mort ? Qui le sut ? Il tomba dans l'oubli profond mais la fibula-cintra demeura largement utilisée.


  Par un détournement étrange la trazibule retrouva à travers la gallo-romanité ce nom de cintra-fibula pour devenir cintrazibule par un glissement sémantique vernaculaire... Plus tard, beaucoup plus tard, quand il fut décidé, dans les châteaux, que les habits des seigneurs ne seraient plus rangés, empilés dans des coffres mais pendus élégamment on les disposa sur des cintres* auxquels on fixa un crochet nommé zibule. Le cintre à zibule était né ! Il participe encore, dans nos armoires, a ordonnancer chaque jour nos vêtures diverses, et sans que nous  sachions  comment, cet objet modeste fut conçu, par qui ?, quand ?


  Et pourquoi Saint-Trazibul est célébré dans quelques régions dont le sud de la cité phocéenne notamment...On honore un saint qui n'a jamais existé ! Il ne figure dans aucun incunable qu'une archive vaticane aurait pu soustraire à un culte séditieux... La Sainte-Inquisition, elle même, l'ignora fort heureusement, évitant ainsi d'avoir à brûler nombre d'hérétiques du genre Albigeois... En Lusitanie il a donné son nom à la ville de Cintra, de nos jours Sintra où l'on ne sait rien d'un bienheureux non béatifié encore moins répertorié.


  Mais il est resté parmi nous car à l'origine d'une expression connue et fort usitée :  "...vivre aux crochets de..." qui signifie littéralement: "...être suspendu à...", et nous savons ce que cela veut dire : "...en bénéficiant des largesses d'untel...". Cette façon de parler indique que le crochet (la zibule) autorise bien des écarts de morale sinon de conduite...

Saint-Trazibul, oublié, effacé, perdu. Inventeur involontaire, précurseur, salvateur...

                                                                       @

Commentaires 1

  • Alpico

    Bravo Daniel , Je trouve ta légende bien documentée !
    Connais-tu cette version de l'histoire :

    Génial ,ce mec (R.I.P)

    Alpico

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