Encrier 87

Texte de Lilah du 8 avril

« L’enfance fait comme un courant profond dans la rivière du jour . Vous y revenez souvent , comme on revient chez soi après beaucoup d’absence » Bobin

D’ordinaire , quand les beaux jours sont là , la vieille dame ne quitte son jardin qu’à la nuit tombée , quand la température fraîchit . Depuis une semaine , le temps est doux , les roses embaument , il est temps de préparer la terre en attendant de semer , de planter mais la vieille dame n’a pas envie d’ être dehors alors que les oiseaux chantent le printemps.

Elle a peur , une peur irrationnelle .

Pourtant elle le sait , le virus ne tombe pas du ciel , il n’enjambe pas les clôtures !


Ce matin , elle s’inquiète plus qu’à l’ordinaire . Son jardin , elle le craint au point même de n’avoir plus envie d’ouvrir ni la porte , ni les fenêtres de sa maison! Elle se demande ce qui se passe en elle jusqu’au moment où des images d ‘un mariage interdit s’élargissent en gros plan dans son imaginaire , suivies d’un film qui se déroule . Réalité ou fantasme ?


La vieille dame a seulement quelques mois , c’est la guerre , elle est blottie dans la chaleur douce des bras de sa mère , mère et enfant ne font encore qu’un , la séparation n’a pas encore eu lieu mais cette mère est terrorisée ,et cette angoisse silencieuse traverse sa peau et envahit le corps de son enfant .


Pas de mots , pas de cris , pas de pleurs , seulement un silence porteur de mort.


La mère aime son enfant comme toutes les mères et pourtant elle ne le voudrait plus : il la met en danger d’être raflée .


Comment a-t-elle pu être sourde aux inquiétudes puis aux menaces de son père , de sa mère , de son frère tant qu’ elle pouvait encore faire marche arrière . Quelle a été cette force qui a arraché cette jolie jeune fille tranquille à sa vie toute tracée ?


Elle est allée au bout , elle l’a épousé, le juif qui se cachait en Limousin , et l’enfant est là , dans ses bras et tous les trois , dans le grenier , ils ont peur , tellement peur .

La vielle dame a maintenant les mots , alors elle les laisse courir sur le papier , sont-ils justes ?…elle verra bien demain au lever du soleil si l' envie d’ouvrir les fenêtres lui revient .

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