Encrier 87

Textes de la 7° semaine de confinement Texte de Sylvie du 25 avril

CHAQUE SOIR , A 20H15, LA VOISINE FERMAIT SES VOLETS.

Elle était très âgée, profondément affectée par la mort de son mari. Son fils unique , Julien, vivant à l ' étranger,venait en France une fois l'an et restait peu de temps auprès de sa vieille maman. C'était, pour lui, un déplacement devenu obligatoire tandis qu' elle attendait avec impatience ce moment , comptant les jours qui précédaient son arrivée en barrant chacun d'eux sur son calendrier de la Poste déposé par le facteur contre de généreuses étrennes données par tradition.

Au fil du temps,les retrouvailles étaient de plus en plus décevantes tant pour elle que pour Julien. Ils n' avaient rien à se dire et se contentaient d'échanger des banalités mais le coeur n'y était pas.

Il faut bien ajouter que si son fils était parti travailler au Brésil, ce n'était pas uniquement pour assurer son avenir professionnel mais surtout pour mettre une réelle distance entre lui-même et sa famille. Ses parents n'avaient jamais compris et encore moins accepté ce choix.

A la fin de l'année dernière, des cousins éloignés qui rendaient visite à sa mère de temps à autre avaient pris le prétexte de présenter leurs voeux à Julien pour lui faire part qu'il leur semblait que sa mère n'était pas en forme. Julien s'était contenté de s'étonner dans une brève réponse écrite à la hâte sur une simple feuille un peu froissée.

Un soir du mois de Mars, il reçut un appel téléphonique de l'hôpital. Le médecin l'informait que sa mère venait d'être admise dans l'Unité COVID 19 et que l 'équipe soignante pensait que ses jours étaient comptés en raison des mauvais résultats du bilan pratiqué. Il remercia poliment et demanda à être tenu au courant. La maladie emporta la vieille dame le lendemain. A 20 heures 15 précises, ses yeux plongeaient dans la nuit pour l'éternité.

Un second coup de fil annonça le décès à son fils qui resta sans réaction mais entreprit, immédiatement , par mail, de régler les formalités nécessaires pour les obsèques auxquelles il ne pourrait être présent pour cause de fermeture des aéroports en raison de la pandémie du Coronavirus.

Il poursuivit donc ses diverses activités sans rien laisser paraître pendant quelques semaines. Soudain , il s' effondra,se prenant à refaire le film des événements passés et de la relation manquée avec ses proches. Le voyant submergé par la douleur, ses amis et ses collègues comprirent que son indifférence apparente était lourde de sens et que

LA REALITE VENAIT DE PRENDRE LE PAS SUR L'INSOUCIANCE affichée.

Commentaires 1

  • anonyme

    c'est sobre , sans morale affichée , c'est une histoire .
    Le dernier mot en minuscule , à côté des autres en majuscule donnent discrètement ( en tout cas pour moi ) la leçon de l'histoire : on a beau gommer , vouloir se débarrasser de sentiments encombrants , dans le corps , ils sont là , bien vivants , désordonnés et font des leurs !

    anonyme

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