Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Henri Michaux : La ralentie (suite2)

Écoutez Germaine Montero

La ralentie suite2

Il est d'une grande importance qu'une femme se couche tôt pour pleurer, sans quoi elle serait trop accablée.


A l'ombre d'un camion pouvoir manger tranquillement. Je fais mon devoir, tu fais le tien, et d'attroupement nulle part.


Silence ! Silence ! Même pas vider une pêche. On est prudente, prudente.


On ne va pas chez le riche. On ne va pas chez le savant. Prudente, lovée dans ses anneaux.


Les maisons sont des obstacles. Les déménageurs sont des obstacles. La fille de l'air est un obstacle.


Rejeter , bousculer , défendre son miel avec son sang , évincer , sacrifier , faire périr... Pet parmi les aromates renverse bien des quilles


Oh , fatigue , effort de ce monde , fatigue universelle inimitié !


Lorellou, Lorellou, j'ai peur... Par moments l'obscurité, par moments les bruissements.


Écoute. J'approche des rumeurs de la Mort.


Tu as éteint toutes mes lampes.


L'air est devenu tout vide,

Lorellou.


Mes mains, quelle fumée! Si tu savais... Plus de paquets, plus porter, plus pouvoir. Plus rien, petite.


Expérience : misère; qu'il est fou le porte-drapeau !


... et il y a toujours le détroit à franchir.


Mes jambes , si tu savais , quelle fumée !


Mais j’ai sans cesse ton visage dans la carriole …


Avec une doublure de canari , ils essayaient de me tromper .Mais moi , sans trêve , je disais : "Corbeau ! Corbeau ! " Ils se sont lassés .


Écoute , je suis plus qu’à moitié dévorée . Je suis trempée comme un égout .


Pas d’année , dit grand-père , pas d'année où je vis tant de mouches . Et il dit la vérité . Il l’a dit sûrement… Riez , riez , petits sots , jamais ne comprendrez que de sanglots il me faut pour chaque mot .


Le vieux cygne n'arrive plus à garder son rang sur l'eau.

Il ne lutte plus. Des apparences de lutte seulement.


Non, oui, non. Mais oui. je me plains. Même l'eau soupire en tombant.


Je balbutie, je lape la vase à présent. Tantôt l'esprit du mal, tantôt l'événement... J'écoutais l'ascenseur. Tu te souviens,Lorellou, tu n'arrivais jamais à l'heure.


Forer , forer , étouffer , toujours la glacière-misère . Répit dans la cendre , à peine , à peine ; à peine on se souvient .


Entrer dans le noir avec toi , comme c’était doux , Lorellou …


Ces hommes rient . Ils rient . Ils s’agitent .

Au fond ils ne dépassent pas un grand silence .

Ils disent là . Ils sont toujours ici .

Pas fagotés pour arriver .

Ils parlent de Dieu , mais c’est avec leurs feuilles .

Ils ont des plaintes . Mais c’est le vent .

Ils ont peur du désert .

…Dans la poche du froid et toujours la route aux pieds .


Plaisirs de l’Arragale , vous succombez ici . En vain tu te courbes , tu te courbes , son de l’olifant , on est plus bas , plus bas …


Dans le souterrain , les oiseaux volèrent après moi , mais je me retournai et dis : " Non . Ici , souterrain . Et la stupeur est son privilège ."


Ainsi je m’avançai seule , d’un pas royal .


Autrefois , quand la Terre était solide , je dansais , j’avais confiance . A présent, comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et toute la plage s’effondre , tu sais bien .

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