Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Henri Michaux : La ralentie (début)

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Écoutez Germaine Montero

(Enregistrement effectué au Club d'Essai de la Radio le 9 mai 1953 , diffusé le 31 mai , avec G.Montero comme récitante et une musique de Marcel vanThienen ; un disque a été édité , 33 BAM LDO 37 en 1957 .)

Michaux a déclaré à ce propos à Adrienne Lemonnier : "Je ne saurais assez vous conseiller d'écouter l'extraordinaire composition de M.van Thienen qui , loin de chambouler tout , reste dans la traîne des vers(qui d'ailleurs n'en sont pas ) et fait son sillon non dans les mots mais dans le silence , après -et plus souvent avec des gouttes d'eau (des vraies) , qu'avec le son des violons - (5mai 1953). Il semblerait que Michaux ait plus tard changé d'avis sur la composition de Van Thienen ... (Extraits de la page 1271 des Oeuvres complètes de Henri Michaux -Tome 1 édition de la Pléiade, Gallimard 1998)

La ralentie

Ralentie, on tâte le pouls des choses; on y ronfle; on a tout le temps; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement; toute la vie. On vit dans son soulier. On y fait le ménage. On n'a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu'on sait. On n'a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant; on est heureuse en ne buvant pas. On fait la perle.On est, on a le temps. On est la ralentie. On est sortie des courants d'air. On a le sourire du sabot. On n'est plus fatiguée. On n'est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n'a plus honte sous la cloche.On a vendu ses monts. On a posé son œuf, on a posé ses nerfs.


Quelqu'un dit. Quelqu'un n'est plus fatigué. Quelqu'un n'écoute plus. Quelqu'un n'a plus besoin d'aide. Quelqu'un n'est plus tendu. Quelqu'un n'attend plus.L'un crie. L'autre obstacle. Quelqu'un roule, dort, coud, est-ce toi, Lorellou?


Ne peut plus, n'a plus part à rien, quelqu'un.


Quelque chose contraint quelqu'un.


Soleil, ou lune, ou forêts, ou bien troupeaux, foules ou villes, quelqu'un n'aime pas ses compagnons de voyage. N'a pas choisi, ne reconnaît pas, ne goûte pas.


Princesse de marée basse a rendu ses griffes; n'a plus le courage de comprendre; n'a plus le cœur à avoir raison.


... Ne résiste plus. Les poutres tremblent et c'est vous. Le ciel est noir et c'est vous. Le verre casse et c'est vous.


On a perdu le secret des hommes


Ils jouent la pièce « en étranger ». Un page dit «Beh » et un mouton lui présente un plateau. Fatigue! Fatigue ! Froid partout !


Oh! fagots de mes douze ans, où crépitez-vous maintenant?

Henri Michaux- Lointain intérieur-Poésie/Gallimard Pages 39 à 52

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