Association Encrier - Poésies

Rencontres avec des textes d'auteurs Rencontre avec Charles Stépanoff, Voyager dans l’invisible

Nous voyageons tous en esprit

Intuitivement, on a tendance à supposer que l'activité du cerveau doit être proportionnelle au degré d'engagement de l'individu dans des perceptions et des activités externes.

Un individu qui ne répond pas assez vite à nos sollicitations et dont le regard est vide nous paraît cognitivement « éteint ».

L’imagerie cérébrale est venue renverser cette image en démontrant à partir des années 2000 que le retrait de l'attention hors des sollicitations externes ne correspond pas en fait nullement à un ralentissement de la vie cérébrale .

En l'absence de tâches externes, un ensemble de zones du cerveau deviennent actives simultanément, formant ce que l'on a appelé le « réseau du mode par défaut" (default mode network).

Ce réseau par défaut est particulièrement sollicité lorsque nous détournons notre attention de notre environnement et nous livrons à la rêverie et il semble également jouer un rôle central dans l'activité onirique.

La rêverie (en anglais daydreaming, wandering-mind ou stimulus-independant thought) est un mode d’activité mentale où l’attention se détache des afférences sensorielles et des tâches externes pour se concentrer sur son propre flux interne. C’est une forme spontanée et libre de mobilisation de l’imagination, différente des utilisations dirigée vers l’action : images et idées s’y succèdent de façon imprévue.

La rêverie est jugée négativement dans les sociétés occidentales modernes : nous la voyons comme une déviance du fonctionnement normal de l’esprit.

Chez les enfants, elle est souvent stigmatisée comme un défaut pathologique de concentration. En effet s’adonner à la rêverie présente des coûts évidents : attention réduite par rapport à l’environnement, risque d’accident au volant, etc.

Or certaines études montrent que la rêverie occupe environ 50 % du temps de la vie mentale éveillée.

Une activité si importante ne peut pas avoir seulement des coûts, elle a aussi des bénéfices.

Par exemple quand on lit un livre, il nous arrive de détacher notre attention des lignes pour penser à nos propres souvenirs et idées.

Ce faisant, nous établissons des liens entre notre lecture et notre expérience : il ne s’agit pas d’une dispersion condamnable de l’attention mais d’un processus essentiel pour nous approprier ce que nous lisons. »

Charles Stépanoff, Voyager dans l’invisible pages 37-38

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