Association Encrier - Poésies

Rencontres avec des textes d'auteurs Rencontre avec Marcel Proust : À l’ombre des jeunes filles en fleurs-Nom de pays: le pays-(extrait)

La Comédie Française - pendant la fermeture imposée par le crise sanitaire - organise la lecture de À la recherche du temps perdu par la Troupe : du mardi au vendredi de 19h à 20h (les vidéos restent disponibles ensuite) un comédien, pensionnaire ou sociétaire de la CF, lit environ 20 pages de l'oeuvre de Marcel Proust ... À ce jour, ils sont venus à bout du premier tome :"Du côté de chez Swann" ( Stéphane Varupenne, sociétaire No528 ayant commencé la première lecture par l'incipit célèbre :

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure")

ICI : https://www.youtube.com/watch?v=bV_M-aEPce0

et le deuxième tome :"À l'ombre des jeunes filles en fleurs" est à ce jour bien entamé : la lecture de la deuxième partie de ce volume : Nom de pays: le pays est déjà bien avancée. Ce soir7 janvier , à 19 h , Anne Kessler , sociétaire No 488 ,lira environ 20 pages et dépassera sans doute la page 300 de ce volume de plus de 500 pages ! Jusqu'où iront-ils ? J'espère que la réouverture surviendra avant Le Temps retrouvé ! ( la lecture totale, au rythme adopté, nécessiterait peut-être un an et demi ....).

Pour les gens intéressés, je donne l'adresse ci-dessous de la 34e lecture par Didier Sandre, sociétaire No 536 :

https://fr-fr.facebook.com/comedie.francaise.officiel/videos/à-la-recherche-du-temps-perdu-34e-lecture-par-didier-sandre/686819192206945/?so=permalink&rv=related_videos

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Écoutez Didier Sandre

(Extrait de la lecture No 34 du 6 janvier 2021 sur le site Face*oo* de la CF par Didier Sandre, sociétaire No 536 )

J’allais et venais, jusqu’à l’heure du déjeuner, de ma chambre à celle de ma grand’mère. Elle ne donnait pas directement sur la mer comme la mienne mais prenait jour de trois côtés différents : sur un coin de la digue, sur une cour et sur la campagne, et était meublée autrement avec des fauteuils brodés de filigranes métalliques et de fleurs roses d’où semblait émaner l’agréable et fraîche odeur qu’on trouvait en entrant. Et à cette heure où des rayons venus d’expositions, et comme d’heures différentes, brisaient les angles du mur, à côté d’un reflet de la plage mettaient sur la commode un reposoir diapré comme les fleurs du sentier, suspendaient à la paroi les ailes repliées, tremblantes et tièdes d’une clarté prête à reprendre son vol, chauffaient comme un bain un carré de tapis provincial devant la fenêtre de la courette que le soleil festonnait comme une vigne, ajoutaient au charme et à la complexité de la décoration mobilière en semblant exfolier la soie fleurie des fauteuils et détacher leur passementerie, cette chambre, que je traversais un moment avant de m’habiller pour la promenade, avait l’air d’un prisme où se décomposaient les couleurs de la lumière du dehors, d’une ruche où les sucs de la journée que j’allais goûter étaient dissociés, épars, enivrants et visibles, d’un jardin de l’espérance qui se dissolvait en une palpitation de rayons d’argent et de pétales de rose. Mais avant tout j’avais ouvert mes rideaux dans l’impatience de savoir quelle était la Mer qui jouait ce matin-là au bord du rivage, comme une Néréide. Car chacune de ces Mers ne restait jamais plus d’un jour. Le lendemain il y en avait une autre qui parfois lui ressemblait. Mais je ne vis jamais deux fois la même.

Il y en avait qui étaient d’une beauté si rare qu’en les apercevant mon plaisir était encore accru par la surprise. Par quel privilège, un matin plutôt qu’un autre, la fenêtre en s’entr’ouvrant découvrit-elle à mes yeux émerveillés la nymphe Glaukonomèné, dont la beauté paresseuse et qui respirait mollement avait la transparence d’une vaporeuse émeraude à travers laquelle je voyais affluer les éléments pondérables qui la coloraient ? Elle faisait jouer le soleil avec un sourire alangui par une brume invisible qui n’était qu’un espace vide réservé autour de sa surface translucide rendue ainsi plus abrégée et plus saisissante, comme ces déesses que le sculpteur détache sur le reste du bloc qu’il ne daigne pas dégrossir. Telle, dans sa couleur unique, elle nous invitait à la promenade sur ces routes grossières et terriennes, d’où, installés dans la calèche de Mme de Villeparisis, nous apercevions tout le jour et sans jamais l’atteindre la fraîcheur de sa molle palpitation.

Marcel Proust À l’ombre des jeunes filles en fleurs-Nom de pays: le pays

Pages 272-273 - Folio 1946

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