Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Ossip Mandelstam : Je ne suis pas encore mort

Je ne suis pas encore mort, encore seul,


Tant qu'avec ma compagne mendiante

 
Je profite de la majesté des plaines,


De la brume, des tempêtes de neige, de la faim.


 
Dans la beauté, dans le faste de la misère,


Je vis seul, tranquille et consolé,


Ces jours et ces nuits sont bénis


Et le travail mélodieux est sans péché.


 
Malheureux celui qu'un aboiement effraie

Comme son ombre et que le vent fauche,

 
Et misérable celui qui, à demi mort,


Demande à son ombre l'aumône.

 Janvier 1937, Voronèje.

Ossip Mandelstam, traduction de Philippe Jaccottet. Page 121 de Simple promesse (éditionsLa Dogana).

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Voici une autre traduction de ce poème :

La mendiante

  Tu n'es pas mort encore, tu n'es pas seul encore,

Tant que pour toi, pour toi et ton amie-mendiante,

Tu vis la majesté des plaines, l'immensité,

Tu vis la faim, la brume et les tempêtes de neige.

Fastueuse la pauvreté, grandiose la misère,

Tu vis seul, paisiblement et sereinement,

Tous ces jours et ces nuits entre tous sont bénis,

Et, le mélodieux labeur, si innocent.

Mais, malheureux celui qu'un aboiement effraie

Comme son ombre, et que le vent de l'hiver, fauche,

Et, misérable celui qui à peine vivant

Demande à son ombre, un peu de charité.

  Traduit par Serge Venturini

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Voici quelques propos sur Mandelstam :

« Il ne vivait pas pour la poésie, il vivait par elle. Il lui était donné de savoir avant de mourir que la vie c’était l’inspiration. » (Varlam Chalamov, auteur des Récits de la Kolyma)


Maïakovski écrit : « Ce garçon plutôt malingre avec des fleurs de muguet à la boutonnière », est celui qui jetait « des éclairs de conscience dans la syncope des jours »


« La prose de Mandelstam est comme une pluie de graines qui doivent germer dans l'esprit créateur du lecteur ».Nikita Struve.


    Philippe Jaccottet nous rapporte ceci :

  « On raconte que Mandelstam, dans le camp, le goulag, de Sibérie où il a passé ses dernières années, aurait récité des poèmes de Pétrarque aux autres prisonniers. Malgré la faim, le froid, ils écoutaient, les oiseaux noirs aussi, qui s'arrêtaient un instant de tourner autour de la mort, seule libération des déportés. Dieu sait qu'il n'est rien de plus éloigné du lumineux Pétrarque que ces hommes en haillons. Mais ajoute-t-il, la poésie dans ce cas, c'était un peu comme la goutte d'eau pour un homme qui marche dans le désert, quelque chose qui tout à coup prend un poids d'infini et vous aide à traverser le pire.

Des récits de la Kolyma, l'enfer des camps russes, nous disent que la poésie aura été parfois la forteresse, et non pas du tout une échappatoire.

La poésie parle toujours au nom de la vie. »

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