Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Paul Celan : Le Menhir

Écoutez Michel Deguy

Le Menhir

Gris de pierre

qui pousse.


Forme grise, sans

yeux, toi, regard de pierre, avec lequel

la terre a fait saillie vers nous, humaine,

sur l'obscur, le clair, de ces chemins de lande,

le soir, devant

toi, gouffre du ciel.


De l'adultérin, charroyé jusqu'ici, sombrait

par-dessus le dos du cœur. Moulin-

de-mer moulait.


Aile-claire, tu étais suspendue le matin,

entre genêt et pierre,

petite phalène.


Noires, couleur de phylactères, ainsi étiez-vous

cosses

partageant les prières.


in Paul Celan, La rose de personne,

traduction de Martine Broda

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Autre traduction

Le Menhir

Gris de pierre

qui grandit là.

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Silhouette grise, toi qui n'as

pas d'yeux, regard de pierre, avec lequel

la terre devant nous a surgi, humaine,

sur des chemins de bruyère obscure, ou blanche,

le soir, face

à toi, gouffre du ciel.

——————————————

Du concubiné, brouetté jusqu'ici, s'abîmait

par-delà le dos du cœur. Moulin

de mer moulait.

————————————————————————

Aile-claire, tu étais suspendue le matin,

entre genêt et pierre,

petite phalène

——————————————————

Noires, couleur

de phylactères, ainsi étiez-vous,

gousses, vous

aussi en prière.

in Paul Celan, choix de poèmes réunis par l'auteur,

traduction de Jean-Pierre Lefebvre-Poésie/Gallimard, 1998

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"Paul Celan passa les étés 60 et 61 à Trébabu, dans le Finistère, avec sa femme Gisèle ; les poèmes de la troisième section de Die Niemandsrose (dont Le Menhir fait partie) sont l'écho de ces séjours.

Ce "Gris de pierre / qui grandit là", c'est sans doute le menhir de Kerloas, dit "An tort" ("Le bossu") en raison des deux curieuses bosses diamétralement opposées, à sa base."

Commentaire trouvé sur le site ICI

où sont donnés poème en allemand (voir ci-dessous) et réflexions sur les problèmes de traduction de la 3e strophe .

Wachsendes

Steingrau.


Graugestalt, augen-

loser du, Steinblick, mit dem uns

die Erde hervortrat, menschlich,

auf Dunkel-, auf Weissheidewegen,

abends, vor

dir, Himmelsschlucht.


Verkebstes, hierhergekarrt, sank

über den Herzrücken weg. Meer-

mühle mahlte.


Hellflüglig hingst du, früh,

zwischen Ginster und Stein,

kleine Phaläne.


Schwarz, phylakterien-

farben, so wart ihr,

ihr mit-

betenden Schoten.

in Die Niemandrose

(S. Fischer Verlag, 1963)

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