Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Paul Celan Rencontre avec Paul Celan : Mandorle

MANDORLE

Dans l’amande – qu’est-ce qui se tient dans l’amande ?

Le Rien.


Le Rien se tient dans l’amande.


Il s’y tient, s’y tient.

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Dans le Rien – qui se tient là ? Le Roi.

Là se tient le Roi, le Roi.


Il s’y tient, s’y tient.

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Boucle de juif, tu ne grisonneras pas.

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Et ton œil – vers quoi se tient ton œil ?

Ton œil se tient face à l’amande.


Ton œil face au Rien se tient.


Soutient le Roi.

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Ainsi il se tient, se tient.

Boucle d’homme, tu ne grisonneras pas.

Amande vide, bleu roi.

(La Rose de personne, traduction de Martine Broda)

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Tout ce qui suit est extrait de l'article "Paul Celan et notre quête de l'identité" de Yves Namur (article de 2007) :voir le document :ICI

"L’amande est un terme répétitif dans l’œuvre de Celan et ce dès le premier recueil. Celan, on l’a dit plus haut, aime les jeux de mots. Comment ne pas voir aussi dans cette amande (mandel), un clin d’œil au dédicataire de La Rose de personne, Ossip Mandelstam (tronc d’amandier en allemand) ? L’amande, c’est aussi une métaphore de l’œil, un œil qui peut être fermé. Quant à la mandorle, le dictionnaire nous la définit comme étant : « une gloire en forme d’amande qui entoure le Christ triomphant dans certaines représentations médiévales », de l’italien mandorla, titre justement choisi pour la version allemande de ce poème. Yves Bonnefoy nous dit à ce propos que Celan se serait souvenu d’une fresque à demi effacée où « Dieu manquait à son trône ». "


"Ce poème a donné lieu à de nombreux commentaires fouillés (on lira à ce propos la note relative aux interprétations de Jean Greisch dans la revue Le Nouveau Commerce (1) ou Martine Broda dans son essai Dans la main de personne( 2 ). Je dirai simplement que plusieurs niveaux de lectures sont possibles. D’abord une évocation du poète Ossip Mandelstam, disparu en 1938 dans un camp de travaux forcés en Sibérie : l’amande ou les boucles du juif nous le rappellent. Un second niveau d’interprétation doit être envisagé en rapport étroit avec la mystique juive. Ainsi, le mot « Roi » désigne-t-il Dieu dans toute sa gloire. "


Notes

1 « La mandorle délimitait l’espace du sacré par excellence, le tremendum et fascinosum. Ici, le Rien remplit l’espace du Sacré. Et dans cet espace se tient la figure du Roi. La mandorle, bien que vide, garde la couleur « bleu-royal » qui est ici, comme chez Trakl, la couleur par excellence du sacré. Le plus extraordinaire de ce poème est que le langage de la manifestation et de la gloire, que tout semblait appeler, est soigneusement évité. Il y du côté de celui qui habite la mandorle comme du côté de cette autre amande qu’est l’œil humain la nudité d’un se tenir. » Cité par Martine Broda, Dans la main de personne, essai sur Paul Celan, Éditions du Cerf, 2002.

2 « Le rapport de l’amande au Rien est peut-être soutenu par une paronomatose implicite, comme il y en a souvent chez Celan, Mandel peut évoquer Mangel, « le manque » (Martine Broda, Dans la main de personne, op.cit.). "

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