Association Encrier - Poésies

Rencontres avec des textes d'auteurs Rencontre avec Roland Barthes : Fin de la Leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France

Bref, périodiquement, je dois renaître, me faire plus jeune que je ne suis.

A cinquante ans, Michelet commençait sa vita nuova : nouvelle oeuvre, nous<el amour. Plus âg2 que lui (on comprend que ce parallèle est d’affection) , j’entre moi aussi dans une vita nuova, marquée aujourd’hui par ce lieu nouveau, cette hospitalité nouvelle.

J’entreprends donc de me laisser porter par la force de toute vie vivante : l’oubli; il est un âge où l’on enseigne ce que l’on sait; mais il en vient ensuite un autre où l’on enseigne ce que l’on ne sait pas : cela s’appelle chercher. Vient peut-être maintenant l’âge d’une autre expérience  : celle de désapprendre, de laisser travailler le remaniement imprévisible que l’oubli impose à la sédimentation des savoirs, des cultures, des croyances que l’on traverses. Cette expérience a, je crois, un nom illustre et démodé, que j’oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapientia : nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible.

Roland Barthes-Fin de la Leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France prononcée le 7 janvier 1977-pages 45-46, éditée en 1978 par les éditions du Seuil

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