Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre entre Carl David Friedrich et Peter Nadas : Mélancolie

Peter Nadas Mélancolie.jpeg Caspar_david_friedrich,_Rivage avec bateau échoué au clair de lune.jpg Rivage avec bateau échoué au clair de lune(1830)

Mélabú : L’UN DES PLUS BEAUX MOTS DU HONGROIS, FAIT AUSSI PARTIE DES PLUS NOBLES.

SANS VIOLENCE AUCUNE, MAIS NON SANS ACUITÉ, LA PREMIÈRE SYLLABE PROJETTE DANS L’ESPACE CE QUE LA SECONDE ÉMOUSSE AUSSITÔT ; CETTE TENSION ENTRE ACUITÉ ET MATITÉ ÉCLATE ALORS, TELLE UNE BULLE IRISÉE, SUR LA CONSONNE DE LA TROISIÈME SYLLABE, POUR QUE SE CREUSE, LONG ET PROFOND, UN VIDE SONORE EN FIN DE MOT.

L’ABSENCE INVOQUE L’ESPACE DANS CE MOT À FIN OUVERTE, ET L’ABSENCE APPELLE UN GIGANTESQUE ESPACE DE SES VŒUX ; LE PLUS VASTE DES ESPACES INIMAGINABLES. "

(Prononcer"mélabou":mot composé hongrois associant méla,"pensif" , et , "chagrin" ,mélabú signifie "mélancolie")

(Page 11)

Nádas décrit en détail le tableau Rivage avec bateau échoué au clair de lune de Carl David Friedrich sous le prisme de la mélancolie .

ON DIT MÉLANCOLIQUE TOUT ÊTRE CONTRAINT DE CÉDER SANS CONDITION À CE SENTIMENT D’ERRER DANS LES TÉNÈBRES EN QUÊTE DE LUMIÈRE, ET L’ON DÉSIGNE UN TEL ÉTAT PAR LE MOT DE MÉLANCOLIE.

(Page 19)

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La couleur l’état d’âme mélancolique est le noir , sa saison l’automne , ses jours la nuit, son point cardinal le Nord . Il y a bien des mots pour la mélancolie : mal de siècle , déréliction , spleen , vague à l’âme ; et bien des spécifications : abattement pathologique , découragement morbide , disposition d’esprit durablement chagrine , stagnation des forces vitales , reflux de nos humeurs , absence ,vide , apathie . Le mot de dépression nous sert souvent de nos jours , et désigne , en géographie , les parties effondrées de la surface du globe situées au-dessous du niveau de la mer et généralement englouties ; en astronomie, la hauteur négative , c’est-à-dire la hauteur d’une certaine étoile sous la ligne d'horizon ; en météorologie , enfin , un territoire fixe de basse pression soumis à l’action de courants ascendants .

Nul doute , fût-il furtif , qu’on ne soit en mer du Nord dans ce tableau de Caspar David Friedrich : les masses d’air affluent du pôle Nord et l’on voit un territoire de basse pression soumis à l’action d’un courant ascendant . Sans doute la scène se passe-t-elle au terme d’une tempête . En haut et en bas, l’accalmie supplante déjà la fureur du vent . Les éléments viennent de lutter corps à corps , mais la terre ferme est restée terre ferme , l’eau est restée l’eau et le ciel le ciel .Les éléments peuvent enfin s’apaiser , chacun ayant trouvé l’environnement nécessaire à la préservation de son autonomie . Le feu brûle .

Si l’hypothèse de la tempête peut prêter à controverse , disons en tout cas qu’il y a reflux , . Après avoir échoué sur quelques bas-fonds , l’esquif des trois hommes s’est enlisé à marée basse , ce qui explique que nulle avarie visible n’endommage maintenant leur barque à mât . Ainsi , l’homme tourné vers le sombre horizon n’observerait pas la course des nuages , mais guetterait la marée .

La mélancolie est souvenir . S’il y a eu tempête , il y aura tempête . S’il y a eu reflux , il y aura flux . L’homme mélancolique n’observe pas ce qu’il y a , mais attend la venue de ce qu’il n’y a pas . De son esprit , il se raccroche au présumable , mais le souvenir qu’il garde des imprévus de sa vie n’a pas manqué de saper la confiance qu’il plaçait dans la raison . Comme il craint ce qu’il n’y a pas , il redoute la venue de ce qu’il attend .( Pages 19-20-21)

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