Encrier 87

Textes de la 2°semaine de confinement Texte de Pierre du 25 mars 2020

Texte de Pierre du 25 mars

A 20 ans j’ai pris la route et la vue de longs alignements de platanes centenaires me rappelle souvent mon cheminement d’alors douloureux et libérateur. Leurs ombres accompagnaient mes pensées et quand l’un d’entre eux manquait, l’éclat du soleil, la chaleur obligeait à regarder plus loin. Je me souviens de ces longues marches qui couvaient une attente inquiète et fébrile. Chaque pas demandait un effort, le bas coté irrégulier ramenant avec obstination sur le goudron surchauffé. Alors la route était droite et l’alternance d’ombre et de lumière donnait à la marche une pulsation simple, l’objectif à atteindre n’allant pas plus loin que la halte du soir.

A 40 ans j’ai pris des chemins de traverse, il s’agissait d’aller droit, d’aller vite, et de voir tout ce qui devait être vu, et de boire aussi ce qui valait d’être bu. Il y avait de l’ambition et des certitudes qui faisait choisir cette sente ignorée plutôt qu’une autre. J’en ai perdu de vue des amitiés, j’ai vu de superbes paysages, j’ai essayé de les partager, pas toujours réussi.

Depuis mes 60 ans je suis sur un sentier de montagne. C’est un chemin ardu et sinueux, les pas sont plus lents et le souffle dicte le rythme. La cordée c’est rapprochée. Les passages difficiles à plusieurs c’est mieux. Je compte les cailloux du chemin, je lis les messages des nuages, j’écoute ce que raconte le vent, simplement. Avancer, simplement. Rêver, simplement. Rire, simplement.

Commentaires 1

  • unelectrice

    dans ce texte , j'ai particulièrement aimé dans la première partie : quand l'arbre manque , le marcheur est jeune et il voit la lumière et ressent la chaleur au lieu de rester centré sur l 'arbre absent , le manque .
    Belle leçon de vie !

    unelectrice

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