Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Kenneth White Rencontre avec un chaman de Sibérie et son tambour (en lien avec le poème "Le chemin du chaman" de Kenneth White)

Ce chaman de Sibérie, dans son costume à franges, porte sur la tête une coiffe à ramure.

Il frappe sur son tambour en "peau de renne et bois de mélèze" avec un battoir en "bois de mélèze , cuivre rouge , plomb , fourrure de renne , tendon , os ou ivoire de mammouth"; il danse jusqu'à la transe: il communique alors avec le monde des esprits.

"Il n'est plus lui-même , il devient le renne dont il porte la peau.

Il est l'esprit du renne".

(Texte inspiré du texte de Catherine de Duve , dans le livre "animé" dont vous voyez la couverture ci-dessous :

Voici en gros plan le tambour rituel Evenk figurant sur la composition en tête du billet :

Tambour de chamane Evenk.jpeg

TAMBOUR RITUEL EVENK(SIBÉRIE)-Paris Musée du quai Branly

Sur ce tambour :

"Rouges , les Rennes montent vers le soleil ,

noirs , ils descendent vers la lune et le monde des morts .

Leur parcours , qui suit la ligne des losanges sacrés, rencontre des motifs symboliques .

Avec le battoir en fourrure de renne , le chaman rejoindra les esprits de la nuit ; au rythme du battoir aux plaques métalliques, il sera guidé vers les esprits du ciel .

Les accessoires du chaman dirigent le rituel ."

Sibérie-explo3.jpeg

(Carte extraite de L'exploration de la Sibérie, de Y.Gauthier et A.Garcia, pages 22_23, Actes Sud-Terres d'aventure-1996)

"APPELÉS PEUPLE DU RENNE , ANIMAL DONT ILS TIRAIENT L’ESSENTIEL DE LEURS RESSOURCES , LES EVENK VIVAIENT DANS DES HUTTES DE BOIS RECOUVERTES SELON LA SAISON , DE FOURRURE OU D’ECORCE.

A L’IMAGE D’UNE GRANDE PARTIE DES PEUPLES D’ASIE, ILS ACCORDAIENT UNE LARGE PLACE AU CHAMANISME .

LA COMMUNAUTÉ ENTIÈRE, GUIDÉE PAR L’ESPRIT ANCÊTRE , PARTICIPAIT AU RITE QUI COMMENÇAIT DÈS LA FABRICATION DU TAMBOUR ET SE POURSUIVAIT JUSQU’À LA TRANSE FINALE .

REVÊTU DE SON COSTUME CHARGÉ D’AMULETTES , LE CHAMAN , INVESTI DE POUVOIRS MAGIQUES , ENTRAIT EN TRANSE ,

ENTRAÎNÉ PAR LE SON ET LE RYTHME DU BATTOIR SUR LE TAMBOUR .

IL APPELAIT LES ESPRITS À FAVORISER LA CHASSE , GUÉRIR LES MALADIES ET PROTÉGER LA COMMUNAUTÉ ."

Textes extraits de la page 43 de Sahala,Trésors des Peuples d'Asie , collection Nomade éditionRMN 2008

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Lien vers le poème de Kenneth White Le chemin du chaman :ICI

http://encrier87.fr/textes/index.php?post/Rencontre-avec-Kenneth-White-%3A-Le-chemin-du-chaman-1373

Lien vers un article sur Le tambour chamanique arc d'alliance entre les mondes : ICI

(Reportage de Claire Eggermont pour la revue Ultreïa, 2015)

Photographie de 2015 sur le site de Claire Eggermont

Extrait de l'article de Claire Eggermont

Si l’importance accordée au tambour par les chamanes des diverses traditions est telle, c’est qu’il est le
« véhicule », la « barque » ou encore le « cheval » leur permettant de voyager entre les mondes. Se référant à l’initiation qu’elle reçut auprès des Tsataans de Mongolie, Corine Sombrun poursuit en disant qu’un yavgan böö, un « chamane à pied », utilisant la guimbarde en guise de monture, serait toujours moins puissant qu’un mörtoï ̈böö, un « chamane à cheval », possesseur d’un tambour dans lequel les esprits auraient accepté de descendre.

Dans plusieurs pays, on retrouve le mythe selon lequel la caisse des tambours chamaniques serait façonnée à partir d’une branche de l’Arbre du Monde, axe central de la Terre, cordon ombilical la reliant au Ciel et aux Enfers. Normalement réservé aux morts, il existerait le long de cet axis mundi un « passage paradoxal » que les chamanes pourraient emprunter de leur vivant. D’après Mircea Eliade, le tambour serait à la fois un microcosme figurant les trois mondes et une échelle céleste permettant l’ascension ou la descente de l’un à l’autre. « Le chamane, en tambourinant, est projeté magiquement au Centre du Monde. ... Il connaît le mystère de la rupture de niveaux. »] De même, les anciens Samoyèdes désignaient leur tambour par le terme d’ « arc », se référant également à un arc de chasse pouvant lancer le chamane telle une flèche vers le ciel. En Afrique du Nord, il est perçu comme la barque capable de traverser « le Grand Fleuve »...

L’ethnologue et sociologue Jean Servier rappelle que pour les Gnostiques, l’âme qui s’incarne descend à travers sept états vibratoires successifs qui la densifient progressivement. Le voyage du chamane ne serait que l’ascension inverse « permettant à l’homme de retrouver avec son état premier la communication avec l’invisible. » Cela n’est pas sans rappeler les sept cieux de l’échelle céleste connue des traditions chrétiennes et musulmanes, la « corde céleste » des Ashanincas, ou encore les neuf encoches du « mât cosmique » considéré par les Altaïques. Dans diverses ethnies, c’est le bouleau qui représente cet Arbre du Monde, le pivot le long duquel le chamane trouve sa voie. En Sibérie, lors de son éprouvante initiation, l’apprenti, après avoir invité ses esprits alliés à pénétrer dans son tambour, escalade le « bouleau sacrificiel », franchissant neuf paliers pour parvenir au « neuvième ciel ».

De manière plus pragmatique, Aigle Bleu, descendant et spécialiste des Premières Nations d’Amérique du Nord, perçoit ainsi la fonction du tambour :

« Le tambour est un don de la terre. En faisant résonner son cœur, on se rattache à elle, la conscience s’ancre et l’esprit peut voler. On acquiert la capacité de voyager dans les mondes subtils sans jamais s’y perdre. »

 Si la parenté du tambour avec l’Arbre du Monde peut paraître purement symbolique, Mircea Eliade explique que « l’arbre concret est transfiguré par la révélation surhumaine ». Le bois utilisé pour la fabrication de la caisse n’est jamais choisi au hasard. Le chamane reçoit généralement en rêve, directement des esprits, la localité précise de l’arbre duquel prélever le bois, tout comme il reçoit la vision de l’animal à chasser pour la peau de son tambour (généralement un renne, un élan, un cerf ou un cheval). Les Yakoutes et les Evenks choisissent quant à eux un arbre frappé par la foudre ou particulièrement tordu. Ces signes distinctifs, comme le serait le pelage anormal d’un animal, témoignent de leur singularité et de leur puissance, semblables à celles du chamane, reconnu comme un humain « non ordinaire ».

En outre, le tambour est souvent orné de tout un panel de symboles ascensionnels : dessins d’oiseaux, de serpents, de l’Arbre cosmique, du soleil, de la lune, de l’arc-en-ciel, tracés des frontières entre les mondes, etc. mais aussi grelots, flèches, plumes, couteaux, fils de métal, etc. suspendus au cordage.

Autant de signes et objets magiques qui diffèrent selon les tribus mais ont tous pour but de faciliter et de protéger le voyage extatique du chamane.

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