Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Villon Rencontre avec François Villon : Ballade de bonne doctrine à ceulx de mauvaise vie

Ballade de bonne doctrine à ceulx de mauvaise vie

Car or’, soyes porteur de bulles, (1)

Pipeur* (tricheur) ou hésardeur de dez,

Tailleur de faulx coings* (fausse monnaie), tu te brusles

Comme ceux qui sont eschaudez  (2);

Trahistres* (traîtres) pervers, de foy vuydez ;

Soyes larron, ravis ou pilles :

Où en va l’acquest* (les gains, le profit), que cuydez* (croyez-vous)?

Tout aux tavernes et aux filles.


Ryme, raille, cymballe, luttes, (3)

Hante tous autres eshontez ;

Farce, broille* (joue la comédie) , joue des flustes ;

Fais, ès villes et ès cités,

Fainctes, jeux et moralitez,

Gaigne au berlan* (brelan) , au glic* (jeu de cartes), aux quilles :

Où s’en va tout ? Or escoutez :

Tout aux tavernes et aux filles.


De telz ordures te reculles,

Laboure, fauche champs et prez,

Serz (4), et panse chevaulx et mulles,

S’aucunement tu n’es lettrez ;

Assez auras, se prens en grez.

Mais, se chanvre broyes ou tilles,

Ne tends ton labour qu’as ouvrez

Tout aux tavernes et aux filles.


Envoi

Chausses, pourpoinctz esguilletez

Robes, et toutes vos drapilles* (harde, petit linge),

Ains* (avant) que cessez, vous porterez

Tout aux tavernes et aux filles.


NOTES

(1) porteurs de bulles : prêcheur de bonnes paroles ou plutôt faux prêcheur? La traduction de JHL Prompsaut est contestée par PL Jacob qui ne la clarifie pas pour autant. Dans La Vie de Lazarillo de Tormes, fiction célèbre de la littérature espagnole, datant de 1554, on trouve mention d’un porteur de (fausses) bulles, « franc scélérat » qui abuse de la crédulité et des deniers des gens en leur prêchant de fausses vérités religieuses. Cela serait assez dans le ton de la poésie de Villon et de sa première strophe sur les tricheurs au jeu, les faux monnayeurs, etc.

(2) Ebouillanté était la punition qu’on réservait aux faux-monnayeurs.

(3) Impératif : fais des vers, des satires ou des moqueries (bouffon), joue de la cymbale ou du luth.

(4) trouve-toi un travail, mets toi au service de quelqu’un,

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Quelle surprise de trouver ce poème de Villon au milieu du livre (en anglais) de Douglas R. Hofstadter : Le Ton Beau de Marot , page 183.

Hofstadter dit au lecteur : I ask you, is this not vachement chouette? Morbleu ! And what a deft touch this unnamedpoet has with words .I thus hope you’ve enjoyed our little second break(P.183_84)

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