Association Encrier - Poésies

Rencontres avec des textes d'auteurs Rencontre avec W.G.Sebald : Austerlitz

Austerlitz est le dernier livre de G.W.Sebald . J'ai trouvé ce résumé de Austerlitz:

"L’ultime roman de W. G. Sebald nous fait connaître la vie de Jacques Austerlitz, un homme hanté par une appréhension obscure, lancé dans la recherche de ses origines. Par ce portrait saisissant d’un émigrant déraciné, fragile, érudit et digne, l’auteur élève une sorte d’anti-monument à tous ceux qui, au cours de l’Histoire, se retrouvent pourchassés, déplacés, coupés de leurs racines — sans jamais en comprendre la raison ni le sens. La vulnérabilité douce et secrète de Sebald et de ses personnages hors du commun, leur façon d’être tout à tour gagnés par la beauté du monde et la souffrance qu’il engendre font que ses oeuvres s’inscrivent dans la mémoire comme des événements majeurs."

Je recommande aussi les autres livres de Sebald :

Les Emigrants, trad. P. Charbonneau, 1999.

"Que la parution des Emigrants de W. G. Sebald ait suscité en Allemagne, aux Etats-Unis et en Angleterre une grande émotion tient, certes, à la qualité des critiques ou des écrivains (Susan Sontag, Paul Auster, Arthur Miller…) qui ont désigné ce livre comme une oeuvre d’exception. Mais cet accueil, Sebald le doit surtout au si prégnant lyrisme mélancolique avec lequel il se remémore — et inscrit dans nos mémoires — la trajectoire de quatre personnages que l’expatriation (ils sont pour la plupart juifs d’origine allemande ou lituanienne) aura conduits — silencieux, déracinés, fantomatiques — jusqu’au désespoir. Mêlant l’investigation et la réminiscence, collationnant les documents (photos, journaux) et les témoignages, Sebald effleure les souvenirs avec une empathie de romancier, une patience d’archiviste, une minutie de paysagiste, pour y redécouvrir le germe du présent. A la lisière des faits et de la fiction, la fraternelle écriture de Sebald est bel et bien celle du temps retrouvé, une reconquête de ce passé-présent où s’énonçait, il y a peu, notre lancinante histoire commune."

Les Anneaux de Saturne, trad. B. Kreiss, 1999.

"Cet homme qui voyage à pied dans les paysages de la côte est de l’Angleterre traverse en vérité l’épaisseur des temps disparus. Il chemine dans le souvenir des oeuvres fantasques de Thomas Browne, commente la leçon d’anatomie immortalisée par Rembrandt, croise le destin de Joseph Conrad en route vers le Congo, se souvient d’un film sur la pêche au hareng, songe aux grandes batailles navales et à leur représentation picturale, réfléchit à la “purification” dans les Balkans au milieu du siècle, évoque Chateaubriand ou le poète Edward FitzGerald et, quelques pages plus loin, revient à la fascinante histoirede la sériciculture en Chine puis en Europe. Tel est en effet le monde selon W. G. Sebald : une nébuleuse d’histoires et de rêves évanouis, un émouvant kaléidoscope de fragments et d’éclats où se reflète encore, pour celui qui sait voir, la trace précaire de nos ensevelissements successifs. Ce monde, l’auteur des Anneaux de Saturne lui donne asile dans un livre à l’érudition prodigue, qu’il a lui même illustré de photographies, cartes, tableaux, documents historiques, au gré de son voyage et de ses “rencontres”. Car c’est bien de rencontres qu’il s’agit, dessinées d’un trait lumineux, à la beauté élégiaque."

Vertiges, trad. P. Charbonneau, 2001.

"Sur les traces de Stendhal, Kafka, Casanova, dans un vertigineux jeu de pistes et de doubles qui le mène à travers l’Italie et dans l’Allemagne de son enfance, W. G. Sebald découvre les racines et les parentés de sa propre mélancolie. En un “voyage” qui marie imagination et érudition, faits divers et souvenirs, texte et photographies, ilmet en scène la capacité de l’esprit à ressusciter une réalité enfouie, ensevelie — celle que le temps a recouverte, mais à laquelle l’acte d’écrire peut donner accès : encore faut-il s’abandonner à tel vertige… Ainsi se dresse comme “en passant” un tableau de la destruction de la vie par la civilisation : obsédante perception qui accompagne le mélancolique dans son inguérissable empathie, sur le chemin de son art."

( Commentaires empruntés au site "incultures" :incultures

Avant d'en parler plus en détail , je commence par la passionnante diatribe finale, pour le lecteur français, contre la Très Grande Bibliothèque "bâtiment à la monumentalité visiblement inspirée par la volonté du président de laisser une trace pérenne de son passages"(p.324 à 329 de l'édition en poche Babel ), dont les bâtiments « tant par leur implantation que par leur réglementation interne à la limite de l’absurde, s’attachent à exclure le lecteur en faisant de lui un ennemi potentiel, la manifestation presque officielle du besoin du besoin de plus en plus affirmé d’en finir avec tout ce qui entretient un lien vivant avec le passé » .

J'ai trouvé un article (de Dolf Oelher , Université de Bonn : Hallucinations et allégories : W.G.Sebald se souvient de W.Benjamin , lecteur de Paris) qui trouve un lien avec "À une passante" de Baudelaire ( voir ICI ), avec Blanqui et Walter Benjamin : j'en reparlerai .

Je donne ci-dessous un extrait de cet article passionnant :



"Résumons brièvement la biographie du héros telle qu'elle sera révélée progressivement au fur et à mesure que le texte va avancer.

Jacques Austerlitz est donc un survivant de la Shoah et qui est longtemps sans connaître son vrai nom, son identité, ses origines, puisqu'il a été accueilli sinon adopté en bas âge par un prédicateur britannique et son épouse. Lorsque le narrateur, un jeune allemand émigré en Angleterre et de dix ans son cadet, fait sa connaissance à la gare centrale d'Anvers en Belgique, Austerlitz mène une enquête en histoire de l'architecture et fait preuve de connaissances stupéfiantes en la matière. A ce moment là, au début du roman, daté juin 1967, ni le protagoniste ni le narrateur ne savent qu'il est d'origine juive alors que le narrateur ne connaît que trop bien ses propres origines et en souffre, surtout lorsqu'il fait la visite, recommandée par son interlocuteur, du Fort de Breendonk où il associe spontanément, entrant dans la pièce où les SS torturaient leurs prisonniers, les pratiques d'hygiène de son père, « les terreurs de sa petite enfance ».

Pendant cinquante pages qui racontent plusieurs rencontres du narrateur avec Austerlitz, nous n'apprenons rien de la vie de ce dernier, mais beaucoup de ses opinions touchant le fonctionnement ou plutôt le dysfonctionnement de l'architecture à l'ère capitaliste : des grandes gares urbaines jusqu'aux conceptions d'une cité ouvrière idéale en passant par le monstrueux palais de justice à Bruxelles, premier exemple, selon Austerlitz, du monumentalisme bourgeois, dont le dernier – qui figurera à la fin du livre – sera la Très Grande Bibliothèque du président français de pharaonique mémoire.

Ce n'est que trente ans après leur première rencontre, en décembre 1996, que le narrateur tombe par hasard près d'une autre gare, londonienne cette fois, sur son héros dont il avait perdu la trace dans les années 70. Et c'est là, dans un hôtel près de la Liverpool Street Station, qu'Austerlitz lui apprend qu'il a abandonné ses études architecturales et se met à lui raconter ce qu'il a appris entre-temps de sa propre biographie. Biographie pleine de péripéties et de mystères, de catastrophes oubliées voire refoulées et dont certaines refont surface sous forme de crises existentielles, périodes de dépression, envies suicidaires, accès de panique ou de paranoïa etc. Cependant, sa nouvelle recherche, celle de son temps perdu à lui, va aboutir étonnamment à des résultats concrets puisque Austerlitz finira par retrouver la trace de ses origines, son lieu de naissance, Prague, et jusqu'à l'adresse de sa mère, dont la meilleure amie, Vera, qui habite toujours au même endroit en 1995, et qui, en tant que voisine, faisait jadis office de bonne, lui apprendra le destin tragique. Emmenée et internée par les nazis à Terezín (Theresienstadt), après avoir envoyé son fils unique par un des derniers transports d'enfants à Londres, à la veille de la guerre, elle aurait été déportée, en 1944, vers l'Est dans un camp de la mort.

Austerlitz passera désormais son temps à chercher les traces de sa mère à Terezín, ainsi que celles de son père à Paris où se termine son récit dans un bistrot du boulevard Auguste Blanqui. C'est depuis la gare qui porte son propre nom, la sinistre gare d'Austerlitz, que le protagoniste part pour les Pyrénées, ayant appris que son père Maximilien avait été interné, comme tant de juifs allemands, au camp de Gurs. Prenant congé du narrateur auquel il avait offert, un peu plus tôt, la seule photo qu'il possédait de sa mère, il lui remet les clefs de sa maison à Londres dont il venait de découvrir qu'elle donnait sur un vieux cimetière juif."

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