Association Encrier - Poésies et quelques textes

Rencontre avec Fatou Diomé : Les jours mauves

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4e de couverture de Mauve édité chez Arthaud en 2010

Les jours mauves

I  Les jours anémones de mer

Tempo ?

Mauve fado.

Mauve blues.

Mauve soir d’automne.


Il y a des jours sans entrain, où nous sommes vieux avant l’âge.

Il y a des jours pauses, où nous stagnons au seuil de nos volontés.

Il y a des jours somnolents, où la grasse matinée s’étire jusqu’à la sieste,

qui se prolonge dans la nuit.

Il y a des jours alanguis, qui tiennent sagement sous une couette,

pour ne pas précipiter la vie par la fenêtre.

Il y a des jours coquilles, où le coeur névralgique attend de la brise

un nouveau souffle, à défaut d’une consolation.

Ces jours engourdis, la seule action tient dans la pensée,

qui essaie de donner sens à l’expectative.

On attend.

On guette.

On espère,

comme un amant dépité, que la vie, maîtresse mutine, revienne,

paré de nouveau atours.

Ce sont les jours mauves.

Mauve fado.

Mauve blues.

Mauve soir d’automne,

quand, rougeoyante, la flamme vitale se nourrit de désespoir

et s’évanouit dans le bleu ténébreux de la mélancolie.

Tempo ?

Lent

II  Les jours orchidées

Tempo !

Mauve tango.

Mauve sérénade.

Mauve matin de printemps.


Il y a des jours pleins d’entrain, où même vieux on se sent jeune.

Il y a des jours aériens, où le coeur se voit pousser des ailes

et porte nos volontés au firmament.

Il y a des jours d’éveil, où un soleil de joie brille et dilate les pupilles,

jusqu’au bout de la nuit.

Il y a des jours sertis de désirs, qui ne tiennent pas en la demeure

et nous poussent sur les sentiers de l’espoir.

Il y a des jours sillages, qui embrassent le monde

et ouvrent le coeur à toutes les brises.

Ces jours d’alacrité, la pensée chante,

danse avec ce qui vient et oublie ce qui, inexorablement, s’en va.

On n’attend pas.

On vogue.

On flotte.

On s’enivre de chaque goutte de bonheur,

comme on s’enivre des baisers d’un amant envoûtant.

Ce sont les jours mauves.

Mauve tango.

Mauve sérénade.

Mauve matin de printemps,

quand, rouge coquelicot, la flamme vitale se nourrit

de toutes les passions et dissipe le bleu ténébreux de la mélancolie.

Tempo ?

Rapide !

Fatou Diomé-Mauve-Flammarion, Paris, 2010.Textes de Fatou Diome. Dessins et photographies de Titouan Lamazou

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