Association Encrier - Poésies

Rencontre avec Borges Rencontre avec Borges (1899-1986): Rubaiyyat (1967)

Rubaiyat

Torne en mi voz la métrica del persa

a recordar que el tiempo es la diversa

trama de sueños ávidos que somos

y que el secreto Soñador dispersa.


Torne a afirmar que el fuego es la ceniza,

la carne el polvo, el río la huidiza

imagen de tu vida y de mi vida

que lentamente se nos va de prisa.


Torne a afirmar que el arduo monumento

que erige la soberbia es como el viento

que pasa, y que a la luz inconcebible


de Quien perdura, un siglo es un momento


Torne a advertir que el ruiseñor de oro

canta una sola vez en el sonoro


ápice de la noche y que los astros

avaros no prodigan su tesoro.


Torne la luna al verso que tu mano

escribe como torna en el temprano

azul a tu jardín. La misma luna


de ese jardín te ha de buscar en vano.


Sean bajo la luna de las tiernas


tardes tu humilde ejemplo las cisternas,

en cuyo espejo de agua se repiten


unas pocas imágenes eternas.


Que la luna del persa y los inciertos


oros de los crepúsculos desiertos

vuelvan. Hoy es ayer. Eres los otros


cuyo rostro es el polvo. Eres los muertos.

BORGES-Elogio de la sombra


Rubaiyyat

Revienne dans ma voix la métrique du Perse

Pour rappeler que le temps est la diverse

Trame de ces songes avides que nous sommes

Et que le Songeur le plus discret disperse.


Affirmer à nouveau que le feu est la cendre,


Que la chair est poussière, que le fleuve est l’image

Fuyante de ta vie et aussi de ma vie


Qui lentement de nous se détache si vite.


Affirmer à nouveau que l’ardu monument

Qu’érige la superbe est fort semblable au vent


Qui passe, et qu’à la lumière inconcevable


De qui perdure, un siècle est tout juste un moment.


Remarquer à nouveau que le rossignol d’or

Chante une seule fois dans le faîte sonore


De la nuit et que les astres avarement

Refusent de nous prodiguer tous leurs trésors.

Vienne à nouveau la lune à ce vers que ta main

Écrit, tout comme elle revient à ton jardin

Dans l’azur matinal. Et cette même lune


En ton jardin venue, en vain te cherchera.


Qu’aux tendres soirs de lune puissent les citernes

Être pour toi de bien modestes exemples


Et qu’en leur miroir d’eau puissent se répéter


Un tout petit nombre d’images éternelles.


Que la lune du Perse et que les reflets d’or


Qui brillent aux crépuscules déserts reviennent.

Aujourd’hui c’est hier et toi tu es les autres

Dont le visage est poussière. Tu es les morts.

Borges

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