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Rencontre avec Borges Rencontre avec Borges (1899-1986): Al primer poeta de Hungria

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Al primer poeta de Hungria

En esta fecha para ti futura


Que no alcanza el augur que la prohibida


Forma del porvenir ve en los planetas


Ardientes o en las vísceras del toro,


Nada me costaría, hermano y sombra,


buscar tu nombre en las enciclopedias


Y descubrir que ríos reflejaron


Tu rostro, que hoy es perdición y polvo,


Y que reyes, que ídolos, que espadas,


Que resplandor de tu infinita Hungría,


Elevaron tu voz al primer canto.


Las noches y los mares nos apartan,


Las modificaciones seculares,


Los climas, los imperios y las sangres


Pero nos une indescifrablemente,


El misterioso amor de las palabras,


Este hábito de sones y de símbolos.


Análogo al arquero del Eleata,


Un hombre solo en una tarde hueca


Deja correr sin fin esta imposible


Nostalgia, cuya meta es una sombra.


No nos veremos nunca cara a cara,


Oh antepasado que mi voz no alcanza.


Para ti ni siquiera soy un eco;


Para mi soy un ansia y un arcano,


Una isla de magia y de temores,


Como lo son tal vez todos los hombres,


Como lo fuiste tu, bajo otros astros.


Au premier poète de Hongrie

En ce moment pour toi futur, mystère


Pour celui à qui les planètes


Ardentes ou les viscères des taureaux


Révèlent les structures interdites


De l’avenir, il me serait sans doute


Aisé d’ouvrir une encyclopédie


Et d’y chercher, ombre et frère, ton nom ;


D’y découvrir quels fleuves reflétèrent


Ton visage aujourd’hui perte et poussière,


Et quels rois, quels glaives, quelles idoles,


Quelle splendeur de l’infinie Hongrie


Avaient élevé ta voix au premier chant.


Les nuits et les océans nous séparent,


Les modifications séculaires,


Comme les sangs, les climats, les empires ;


Mais quelque chose indéchiffrablement


Nous unit, l’amour mystérieux des mots,


Ce commerce de sons et de symboles.


Comme jadis l’archer de l’Eléate,


Un homme seul au creux d’un vague soir


Laisse courir sans fin vers une cible


D’ombre cette impossible nostalgie.


Jamais nous ne pourrons face à face nous voir,


Ô mon ancêtre que n’atteint pas ma voix !


Pour toi je suis moins encor qu’un écho,


Pour moi je suis un anxieux secret,


Une île de magie et de frayeurs,


Comme le sont peut-être tous les hommes,


Comme tu l’as été, sous d’autres astres.

BORGES-"El oro de los tigres"

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