Encrier 87

Textes des ateliers virtuels de 2021 Texte de Liseroon - Jeu 5

Le mystère d'une intimité, secrète même à soi-même...elle aurait voulu comprendre, se comprendre...malgré des efforts certains, quelque chose de l'intime lui échappait. Totalement. Cela faisait maintenant 3 ans qu'elle avait mis un coup de frein à sa vie effrénée mais l'animal endiablé, tel un cheval fou, avait tout juste terminé sa course, de justesse, sain et sauf...

Elle s'était fait peur plus d'une fois, manquant la sortie de route, en quelques embardées sauvages...elle avait toujours réussi à redresser la barre, de justesse, frôlant la catastrophe.

Mais non. L'embarcation avait tenu.

Ce long long ralentissement avait fini par calmer la bête, en nage, le museau écumant. Les œillères avaient fonctionné. L'animal avait été contraint de regarder devant lui, de ne plus être distrait par toutes les perspectives alentours...telle une camisole, la restriction de son champ de vision avait fini par le calmer...des fois trop de possibles rend fou, tout devient impossible...

Elle se sentait encore brûlante de son excès mais confiante car jamais elle n'avait quitté la route, sa route, le secret de la Vie l'avait toujours protégée. Maintenant que sa vitesse était moins folle, et qu'elle pouvait ôter ses œillères, elle essayait de ressentir dans tout son corps pourquoi. Mais elle ne comprenait pas. Elle savait qu'elle était enfin sauvée mais à l'intérieur il y avait encore un trop plein de tout. De sensations. D'idées. De tentatives. De départs. A elle seule, elle avait sûrement vécu 10 vies. Elle avait voulu tout essayer. Ne sachant quoi faire. Elle avait tout commencé et fini peu de choses. Enfin, elle en avait terminé quelques unes. Mais pas toutes...

Il s'agissait désormais de faire des choix et de les mener à bien un par un. De son passé, il lui restait encore quelques pages à tourner. Deux ou trois exactement pensait-elle...mais elle en avait déjà tourner beaucoup, enfin, alors elle était plus sereine. Elle savait ce qu'elle aimait désormais. C'était déjà pas mal?

Dans le silence de la nuit, l'animal reprenait peu à peu son souffle, se désaltérait à la source même de la Vie et le noir apaisait ses yeux, encore hagards.

Dans la fraîcheur du matin, elle rassemblerait ses mots en ruisseau pour y tremper la plume...et coulerait alors, peut-être, une mélodie douce et habitée...

Mais il lui faudrait retrouver le calme...profond...avant de repartir.

Commentaires 4

  • Magali du jeudi

    Magnifique

    Magali du jeudi

  • Russelouve

    ton texte, je le ressens comme un trait d'union entre aujourd'hui et il y a un an, deux ans, un écho qui fait voix, qui chante, un écrit qui fait l'ensemble de chaque encrier.

    Russelouve

  • Lilah

    Très bel écrit, magnifiques comparaisons, la fougue de la jeunesse, les dangers approchés mais la force de vie a été la plus forte, elle a gagné!
    Puis la volonté d'apprendre à faire le bon dosage entre une sagesse qui empêche et un goût excessif du risque ; c'est peut-être ça qu'on appelle :"la folle sagesse d'être soi"
    Et à la fin le ruisseau de mots ; magnifique!

    Lilah

  • Shane

    une véritable exaltation de la vie, de vouloir la bruler par tous les bouts, jusqu'au moment, ou peut-être il est temps de faire le point….

    Shane

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